“Pour un big bang institutionnel” – Den Alex Bodry ass “Zu Gast” am “Land”.

Neiegkeeten, Tribune libre

Pour un big bang institutionnel

 

On le sait bien, le Luxembourg est un pays plutôt conservateur.

Les Luxembourgeois n’aiment point les bouleversements, les changements brusques.

Ils préfèrent les évolutions lentes, le changement par étapes.

Les partis politiques sont à des degrés divers le reflet de ce conservatisme modéré.

S’ils sortent de ce schéma de pensée traditionnel, comme l’ont fait les partis de la coalition gouvernementale lors du référendum de 2015, ils sont vite rappelés à l’ordre.

Le projet de Constitution est conforme à cet état d’esprit marqué par une grande prudence et une forte continuité.

C’est évidemment la recherche du plus petit dénominateur commun et la nécessité de trouver sinon une unanimité, alors au moins un consensus large qui ont dicté la démarche politique en la matière.

Ainsi certaines idées innovantes sont passées à la trappe, faute de consensus.

Ces idées me paraissent mériter mieux que de figurer dans un procès-verbal de réunion de commission.

Certaines pourraient même être réalisées sans devoir passer par une révision constitutionnelle.

Je pense bien évidemment à l’indispensable valorisation du Parlement par l’introduction d’un statut de député à plein temps, libéré de contraintes professionnelles et de politique locale.

L’introduction d’un statut de l’élu national doit trouver sa contrepartie dans un nouvel statut pour les bourgmestres.

Il n’est pas normal que notre Chambre des députés soit considérée comme un parlement à mi-temps.

Elle doit se doter de l’expertise interne et externe indispensable pour mener à bien sa mission de contrôle et d’impulsion.

Un observatoire d’évaluation des politiques publiques pourrait renforcer son rôle et contribuer à l’efficacité de l’action politique.

L’introduction d’un budget d’Etat à objectifs pourrait compléter cette réforme d’envergure.

Les récentes polémiques autour du Conseil d’Etat devraient nous amener à reconsidérer complètement sa composition et son rôle.

Au lieu de le concevoir comme une sorte de deuxième Chambre politique, il pourrait se muer en organe de conseil juridique pour le Gouvernement voire le Parlement.

Plus d’audace serait de mise en matière électorale, comme par exemple au niveau des circonscriptions.

Il faudrait ou bien les adapter aux régions de planification de l’aménagement du territoire ou les réunir dans une seule circonscription nationale.

Les modalités de vote doivent être adaptées en conséquence.

En démocratie, un terme électoral de six ans paraît quelque peu démesuré.

Pourquoi ne pas ajuster la durée des mandats locaux et nationaux à cinq ans ?

D’autres idées telles que la limitation du nombre de membres du Gouvernement ou le regroupement préalable des compétences des ministres et administrations en fonction des stratégies politiques nationales sont aussi intéressantes.

Il faut les débattre. Tout comme il faut repenser la procédure législative en y associant davantage les citoyens dans une phase de consultation.

La campagne des prochaines élections est une occasion parfaite pour le faire.

Le débat institutionnel doit être au centre du débat démocratique parce qu’il en trace le cadre.